Offre de doctorat

Contexte du recrutement et définition de poste :

Déconstruire les rapports humain-nature pour « penser en terrestre » : expérimenter par le jeu les conditions de changement de façon de penser l’environnement à l’échelle de l’individu

Structure d’accueil : La thèse se déroulera dans le cadre de la Chaire Participations, Médiation et Transition Citoyenne de La Rochelle Université. La Chaire œuvre à la co-production des savoirs, à la formation et à la diffusion de connaissance autour du design, de l’analyse des usages et de l’évaluation des dispositifs participatifs, mais également autour des modalités d’implication des citoyens dans les processus de transition et de la médiation et le règlement des conflits territoriaux. Le.la doctorante pourra s’appuyer sur les équipes de la Chaire, ses membres universitaires et ses partenaires territoriaux, pour nourrir et confronter ses recherches. Le.la doctorant.e sera accueilli.e à l’UMR LIENSs, une unité rassemblant des chercheur.es des sciences du vivant, des sciences de la terre et des sciences sociales autour de l’étude du littoral et de ses dynamiques socio-environnementales.

Discipline : Le sujet de thèse est transversal à la géographie sociale, la sociologie et la philosophie. Le doctorant sera inscrit à l’Ecole Doctorale de La Rochelle Université en géographie.

Direction de la thèse : La thèse sera dirigée par Nicolas Becu, Directeur de recherche au CNRS

Descriptif du sujet :

Les conditions terrestres actuelles[1], nous amène à repenser nos modes de vie (Maresca, 2017), nos modes d’être avec soi et les autres (Foucault, 2008), et nos interdépendances entre humains et non-humains (Mathevet, 2012). La théorie de l’Acteur-Réseau décrit toute chose terrestre comme un actant, qu’il soit humain ou non-humain, biotique ou abiotique (Akrich et al., 2006). Cela implique de considérer que toute chose agit et rétroagit : le groupe social, la forêt, le virus, la nappe phréatique. Cette conception fait écho au cadre théorique des socio-écosystèmes qui propose d’appréhender le système écologique de façon intriquée avec le système social (Ostrom, 2007).

La différence entre la pensée de l’Acteur-Réseau et le cadre des socio-écosystèmes n’est pas systémique mais philosophique : elle réside dans la façon de penser l’humain, le soi et sa place dans la cosmologie des choses (Latour, 2017). Cette nouvelle façon de penser l’humain diffère de l’approche dichotomique anthropocentrisme/éco-centrisme et rejette la séparation entre nature et culture que nous héritons de la philosophie du XVIIe siècle.

Ainsi, Latour propose le concept de terrestre comme un moyen d’appréhender, de nommer, de concevoir toute chose agissante, dans l’espace fini de la terre. Confinés à la terre, les terrestres ont durant cette période en transition, à repenser leurs modes de cohabitation, leurs systèmes d’interactions, les points d’équilibres qui peuvent être atteints, les modes d’échanges et de transactions entre eux, humains et non-humains (Latour, 2021).

Pour cela il faut nous « penser en terrestre ». Mais comment s’émanciper d’une philosophie anthropocentrée ou éco-centrée, comment déconstruire (Derrida, 2004) la séparation entre l’Homme et la Nature pour entrer dans une nouvelle compréhension, une nouvelle acceptation de l’Humain.

Cette thèse étudie les conditions de réalisation de ce changement de pensée, en se recentrant sur l’échelle de l’individu. Elle cherche à explorer les conditions qui font qu’une personne est capable de s’émanciper d’une vision anthropocentrée ou éco-centrée, pour « penser en terrestre », c’est-à-dire parvenir à se situer dans un espace fini de cohabitations et d’interdépendances entre humains et non-humains (Latour, 2021).

La thèse s’appuiera sur une approche expérimentale particulière, qui est l’étude de personnes participant à une expérience de jeu basée sur la mise en situation, la simulation et la prospective (Becu, 2020). Ce type de jeu, aussi appelé simulation participative, permet à un groupe de participants de se mettre en situation d’interactions avec des humains et des non-humains, de simuler des actions et des rétro-actions du socio-écosystème, et d’inventer de nouvelles règles d’organisation et de structuration du groupe. Le jeu occupera donc une place particulière dans le design expérimental de la thèse, car il sera à la fois un protocole de collecte de données (attitudes, interactions, discours des participants) et un sujet d’étude (évaluation du design du jeu et analyse des effets de l’expérience de jeu). En pratique, la.le doctorante.e participera au design de jeux et étudiera leurs déploiements auprès de différents citoyens pour évaluer la façon dont l’expérience de jeu permet ou non aux participants de « penser en terrestre ». Trois études de cas ont été pré-identifiés. La première est le rapport à la mer et au littoral pour lequel l’enjeu pour les participants est de parvenir à resituer leurs activités du quotidien dans le fonctionnement du socio-écosystème littoral-marin. La deuxième est la neutralité carbone pour laquelle l’enjeu d’émancipation réside à ne plus penser en termes d’impact carbone, mais de cycle du carbone. La troisième est le rapport à l’alimentation pour lequel le changement de cadre de pensée est ramené à passer d’une vision consommatrice à une vision nourricière. Chacune de ces études de cas replace le participant dans un espace fini qui est le territoire et le met en situation d’appréhender le système de manière soit anthropocentrée, soit éco-centrée, puis de le transcender (Meadows, 2008) pour adopter une vision décentrée. Dans les trois cas, des dispositifs de jeu sont en cours d’élaboration et ils pourront être adaptés et utilisés par le.la doctorant.e. dans le cadre de sa thèse.

L’analyse des différentes expériences de jeu qui auront été déployés et analysés, vise à permettre d’évaluer les conditions, à l’échelle de l’individu, de déconstruction du rapport classique Homme-Nature, de transcendance de ce modèle classique, et reconstruction d’un modèle de pensée adoptant le concept de terrestre.

La.le doctorant.e aura à croiser la littérature sur les socio-écosystèmes, les terrestres, l’anthropocène, et l’usage des simulations participatives ; à constituer un cadre d’analyse du changement de cadre de pensée, amenant l’individu à « penser en terrestre » ; à construire un protocole d’expériences basé sur son cadre d’analyse,  sur les jeux pré-identifiés et différents échantillons de personnes cibles ; à élaborer un protocole de suivi-évaluation s’appuyant sur les méthodes mixtes (quali-quanti); à déployer son protocole expérimentales et à collecter les données ; à traiter et analyser les résultats pour en tirer des conclusions ; à valoriser ses recherches dans le cadre de contributions lors de conférences et de publications dans des journaux scientifiques.

Akrich, M., Callon, M., & Latour, B. (2006). Sociologie de la traduction : Textes fondateurs. Sociologie de La Traduction. https://doi.org/10.4000/BOOKS.PRESSESMINES.1181

Becu, N. (2020). Les courants d’influence et la pratique de la simulation participative : contours, design et contributions aux changements sociétaux et organisationnels dans les territoires. La Rochelle Université.

Derrida, J. (2004). Qu’est-ce que la déconstruction ? Commentaire, 108(4), 1099–1100. https://doi.org/10.3917/COMM.108.1099

Foucault, M. (2008). Le Gouvernement de soi et des autres. Seuil.

Latour, B. (2017). Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. La Découverte.

Latour, B. (2021). Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres. La Découverte.

Maresca, B. (2017). Mode de vie : de quoi parle-t-on ? Peut-on le transformer ? La Pensee Ecologique, 1(1), 233–251. https://doi.org/10.3917/LPE.001.0233

Mathevet, R. (2012). La Solidarité écologique : ce lien qui nous oblige. Actes Sud.

Meadows, D. H. (2008). Thinking in systems: a primer.

Ostrom, E. (2007). A diagnostic approach for going beyond panaceas. Proceedings of the National Academy of Sciences, 104(39), 15181–15187. https://doi.org/http://dx.doi.org/10.1073/pnas.0702288104

[1] Changement climatique, extinction de la biodiversité, démographie et migrations, épuisement des ressources, libéralisme économique inadapté

Profil recherché :

Profil recherché :

Le.la candidat.e sera titulaire d’un Master 2 en sciences sociales, en particulier en géographie,  en sociologie ou en philosophie.

Le.la candidat.e aura un fort intérêt pour le sujet de thèse proposé mais également une connaissance des différents cadres théoriques sur les rapports humain-nature (concepts et idées de terrestre, de socio-écosystème, d’anthropocène et de déconstruction).

Le.la candidat.e appréciera un type de recherche basé sur l’expérimentation dirigée « au travers de mise en situation », et aura un intérêt certain pour l’usage du jeu pour la mise en discussion de problématique socio-environnementale. Des premières expériences d’usage de ce type de dispositif participatif (simulation participative, policy games, modélisation d’accompagnement, social learning games, jeux sérieux multi-joueurs,..), seront fortement appréciées.

Le.la candidat.e maitrisera les méthodes d’enquête et d’analyse qualitative (analyse thématique, analyse textuelle) et aura des compétences de base en observation participante et en facilitation de groupes. Des compétences en analyse de données quantitatives, en vue de construire une méthode mixte (quali-quanti) d’analyse des résultats, seront appréciées. Des compétences d’utilisation de logiciel CAQDAS (NVivo, Atlas-ti, MaxQDA…) seront appréciées également.

Autonomie, rigueur, bonne capacité d’écriture et de synthèse et un bon niveau d’anglais (écrit et oral) sont indispensables.

Il est souhaitable d’être titulaire du permis de conduire.

Conditions d’accueil :

Le.la doctorant.e aura un bureau dans les locaux de l’UMR LIENSs, à La Rochelle (lienss.univ-larochelle.fr). Le temps de travail est de 35 heures par semaine et le travail en présentiel est obligatoire. Des déplacements sont à prévoir sur le territoire rochelais mais également au niveau national pour la conduite des ateliers d’expérimentations. Des déplacements nationaux et occasionnellement internationaux sont à prévoir dans le cadre de participations à des séminaires, colloques et conférences scientifiques.

Conditions du contrat de thèse :

Le contrat de thèse débutera entre septembre et décembre 2022, pour une durée de 36 mois.

L’allocation doctorale est versée par La Rochelle Université, sur la base d’une subvention de la Région Nouvelle Aquitaine.

Le montant mensuel de l’allocation doctorale est de 1 975€ bruts/mois.

Modalité de candidature :

Veuillez envoyer votre dossier de candidature à nicolas.becu@cnrs.fr avant le 28 juin 2022.

Votre dossier comprendra un CV, ainsi qu’une lettre de motivation où, au-delà de la présentation de votre profil disciplinaire, de vos compétences et expériences en relation avec le profil recherché, vous exposerez votre motivation à réaliser une thèse et la façon dont vous pourriez vous emparer du sujet proposé.

Un dossier incomplet ne sera pas examiné. Si votre dossier écrit est retenu, un entretien oral vous sera proposé. A la suite des auditions, les résultats seront communiqués aux candidats dont les dossiers auront été examinés.